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Interview de Clément Coeurdeuil, CEO de Budget Insight, l’agrégateur qui monte !

Interview de Clément Coeurdeuil, CEO de Budget Insight, l’agrégateur qui monte !

Nous avons interviewé Clément Coeurdeuil, CEO de Budget Insight. Il nous parle des agrégateurs de données bancaires et de leur rôle central dans le développement de services financiers innovants à destination des particuliers et des entreprises.

Avant toute chose, pouvez-vous nous rappeler ce qu’est un agrégateur en cette fin d’année 2017, et quelles sont ses principales fonctionnalités ?

Un agrégateur de comptes est une société qui propose une technologie capable de se connecter aux sites web ou aux API mobiles des banques, pour télécharger en temps réel les données bancaires de tout type : comptes chèques, transactions bancaires, mais aussi crédit, comptes titres et positions ainsi que les assurances vies et leurs détails (fonds euros et unités de compte).

C’est donc une société qui exploite cette technologie, soit pour son propre compte et sa propre marque, comme cela peut être le cas de nos « concurrents », ou pour d’autres applications qui proposent un service financier basé sur ces données, comme c’est notre cas. Nous avons aujourd’hui plus de 100 partenaires, depuis la petite Fintech jusqu’au grand groupe bancaire.

Aujourd’hui par exemple, notre technologie d’agrégation est utilisée par des experts comptables pour récupérer les relevés et produire en temps réel la comptabilité de leurs clients entreprises, ou encore par des robo-advisors pour fournir un conseil en temps réel sur le portefeuille du client et l’aider à investir selon son profil. Récemment, nous avons lancé une initiative avec ING sur un produit de crédit instantané pour les PME, permettant de faire une offre de financement en une minute au chef d’entreprise, sur la base des données bancaires téléchargées.

Pouvez-vous nous donner le nombre d’utilisateurs de l’agrégateur Budget Insight en France et/ou en Europe, ainsi que leur profil ?

Nous avons plus de 500k utilisateurs finaux connectés à nos technologies, mais nous en avons seulement quelques dizaines de milliers en direct sous notre marque. En effet, notre premier métier est de fournir l’agrégation bancaire à d’autres services financiers innovants, pour leur permettre de créer une expérience client fluide et simple. Notre application Budgea est gratuite, c’est un PFM (Personal Finance Management) permettant de gérer son argent au quotidien, qui est une vitrine et un laboratoire de notre technologie pour tous.

Quel est le business model de Budget Insight ?

Nous n’avons aucun business model en BtoC, et nos revenus s’appuient sur la location de nos API d’agrégation à nos partenaires professionnels. Nous facturons donc ces partenaires qui proposent dans leurs applications l’agrégation bancaire à leurs clients, en fonction du nombre de comptes bancaires connectés à notre système.

Par exemple, si vous proposez un robo-advisor qui conseille vos clients sur la base de leur épargne actuelle, vous allez connecter notre API, et dès que vos clients vous donnent accès à la visibilité sur leurs comptes à travers notre service, vous pourrez leur faire un diagnostic ou leur prodiguer un conseil en investissement en temps réel. Comme un expert-comptable ou un courtier en crédit par exemple. Nous louons des tuyaux sécurisés de données bancaires. Aujourd’hui, près de la moitié des grandes banques françaises sont nos clients.

Comment vous distinguez-vous de vos concurrents ?

Essentiellement par notre positionnement uniquement BtoB, et par notre architecture API. Nous ne nous concentrons pas sur l’application smartphone ou notre marque, mais sur notre API, pour qu’elle permette à nos partenaires de produire de nouvelles expériences clients dans les services financiers. Aujourd’hui nous agrégeons les comptes bancaires de tous les types, les assurances vies et l’épargne salariale, mais aussi les factures (Amazon, Free Mobile, EDF, Orange…) et nous permettons également d’effectuer des virements à travers nos API depuis les comptes bancaires connectés.

Comment assurez-vous la sécurisation des données, et comment rassurez-vous des utilisateurs frileux à l’idée de donner leurs accès bancaires à des entités tierces ?

Nous avons été soumis à de nombreux audits de sécurité de grands établissements financiers sur notre système de sécurisation des données bancaires, et plus spécialement sur la confidentialité des identifiants clients. La validation de ces audits nous a permis de travailler et de mettre en production notre technologie dans les applications de nos clients bancaires, tels que ING avec le prêt en un clic.

Enregistrer ses identifiants peut engendrer de l’inquiétude, mais l’un des fondements de notre métier est la sécurité des données bancaires. Quand les utilisateurs voient ce qu’ils peuvent faire avec leurs données s’ils nous font confiance, alors ils enregistrent leurs identifiants chez nous. Aujourd’hui une personne sur deux redoute de mettre ses identifiants dans notre système, mais c’est un phénomène similaire au début des achats en ligne, où de nombreuses personnes avaient également peur d’enregistrer leur numéro de carte bleue sur internet. Nous avons observé que lorsqu’il y a un service à valeur ajoutée dans des conditions de sécurité validé par des grands acteurs économiques, alors les clients font confiance.

Les banques doivent-elles craindre l’arrivée de ces nouveaux acteurs (avez-vous par exemple remarqué une désaffection de l’utilisation de leurs applications au profit de la vôtre ?), ou ont-elles intérêt à s’associer avec eux, et comment ?

Notre application Budgea ne représente pas la majorité de notre trafic, mais il est clair que de plus en plus de clients préfèrent passer par l’application de nos partenaires pour consulter leurs comptes, que par le site de leur banque. Car ces applications leur apportent des services en plus, comme la gestion de budget pour les particuliers, ou encore le lien avec la facturation ou la comptabilité pour les entreprises.

Cela étant, les banques seront toujours les dépositaires des comptes des clients, nous pourrons même les aider à distribuer leurs services à travers nos partenaires. Il est clair qu’elles risquent de perdre un peu leur relation directe au client, mais elles vont également toucher un plus grand nombre de consommateurs sur de nouveaux produits, comme le crédit ou le patrimoine. Au final, leur rôle dans la relation client va évoluer, mais elles resteront un acteur clé de la chaîne de valeur. Elles ont beaucoup à gagner à travailler avec les Fintech et elles l’ont compris, puisqu’aujourd’hui, près de la moitié des banques françaises travaillent avec nous. Elles ont même l’occasion de proposer de nouvelles technologies ou des expériences clients inédites tout en gagnant en agilité.

La norme européenne DSP2 va introduire plus de régulation, et notamment contraindre les banques à vous ouvrir les données de vos utilisateurs qui en font la demande. Quel va en être l’impact ?

Si la DSP2 est correctement implémentée, nous pensons que l’impact peut être énorme, de l’ordre de ce que les banques ont vécu avec l’arrivée de la carte bleue. Il est clair que la chaîne de valeur est en train de se segmenter de plus en plus. Pour conserver une position de One Stop Shop, la banque devra créer une expérience client fluide et digitale, ce qui n’est pas du tout quelque chose de simple.

Les défis auxquelles elles font face sont colossaux en termes de transformation technologique RH, et dans la façon de penser la relation client. Il est probable que le métier de la banque se segmente, et qu’entre le client et la banque, des nouveaux acteurs se positionnent sur tous les services financiers (paiement, consultation, crédit…). Les banques auront un rôle de détenteur des fonds mais seront également actionnaires ou clients de ces plateformes.

Vous proposez depuis quelques temps de connaître le statut des prêts en cours (capital restant dû notamment). Avez-vous déjà identifié que cela permettait à vos clients de prendre de meilleures décisions d’emprunt ?

Globalement, nous savons qu’énormément de services financiers innovants peuvent être créés à partir des données que nous collectons pour le client. Nous sommes essentiellement à l’écoute de nos partenaires et de leurs utilisateurs pour collecter la donnée qui est nécessaire à la création d’un nouveau service à valeur ajoutée. En effet, les données de crédit sont clés pour les aspects patrimoniaux, ou pour obtenir le meilleur prix dans le cadre d’une renégociation par exemple, c’est pourquoi on nous a beaucoup demandé cette donnée. Notre vrai sujet est d’aider nos partenaires à créer des services de qualité grâce à la donnée collectée. Ce sont donc eux qui forgent ces services, nous n’avons pas spécialement de prétention de notre côté à imaginer ces services innovants, mais simplement à accompagner nos clients dans leur mise en œuvre.

Vos utilisateurs se servent-ils des données qu’ils observent dans les agrégateurs pour les transmettre à leur courtier ou à leur banque dans une démarche de crédit ?

Oui, c’est déjà arrivé, et plus particulièrement dans le cadre des professionnels pour leurs experts comptables ou pour leur banque, en plus de leur business plan. Comme votre question le démontre, nos technologies ont vocation à aider nos utilisateurs à utiliser leurs propres données, dans leur intérêt et pour obtenir de façon plus simple et plus rapide des services ou des conseils sur leurs finances. Ce premier système d’utilisation de la donnée « à la mano » est en fait précurseur d’un système plus intégré de communication entre les API d’agrégation de données, et les API de fournitures de services financiers, qui sont amenés à être de plus en plus connectés dans l’avenir.

Quelles seront les futures fonctionnalités de votre agrégateur ?

Notre agrégateur en lui-même va s’enrichir en termes de couverture (nouvelles banques dans de nouveaux pays). Il permet d’ores et déjà de réaliser des virements depuis les comptes agrégés en ajoutant même un nouveau bénéficiaire. Nous avons également développé le téléchargement des factures et le téléchargement des données de patrimoine (les actions, obligations et titres sur les comptes assurance vie, comptes titres et épargne salariale) mais notre avenir est intimement lié à l’interconnexion avec d’autres services.

En effet, comme nous l’avons souligné plus haut, nous pensons que l’agrégation n’est qu’une première brique des services financiers et qu’elle doit être complétée par d’autres services pour définir une offre complète. Nous avons donc créé ce que nous appelons le Hub Budgea. Le Hub est une Market Place d’API de services financiers, comme le scoring basé sur les données bancaires pour proposer un crédit, le robo-advisor qui propose un diagnostic et des propositions d’investissements en fonction de la situation et du profil de l’utilisateur, ou encore le KYC (« Know Your Customer ») digital pour permettre de collecter les informations clés du client.

Toutes ces briques mises ensemble permettent de créer une expérience digitale simple et sécurisée, qui renouvelle le mode de consommation des services financiers. Nous sommes persuadés que les services financiers de demain seront digitaux et communiqueront ensemble. Nous souhaitons nous placer au centre de ce réseau en proposant le moyen le plus simple et le plus sécurisé d’orchestrer les services.

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Propos receuillis par Edouard Baroin